- Lecture, poème, dictée
Textes proposés en accompagnement du calendrier «Apprendre à Etre» et comme supports de lecture, dictées et résumés de texte.
Février 2012 – Christian de Chergé
De Michael Lonsdale, L’amour sauvera le monde, Ed. Philippe Rey :
« Le tournage du film Des hommes et des dieux a été une étape très importante de ma vie, ne serait-ce que parce qu’il m’a permis de rencontrer la figure du frère Luc, de Tibhirine. Il incarne mon idéal : ne plus s’occuper de soi, constamment se dédier aux autres. Voilà une des plus belles trajectoires de la foi.
Luc était un frère convers, pas un prêtre. On lui avait proposé de devenir prêtre, mais il avait refusé, parce qu’il n’avait pas le temps d’assister aux cinq offices quotidiens : trop de gens attendaient pour être soignés. Pendant cinquante ans il a exercé la médecine, de 7 heures du matin à 10 heures du soir. Il a vécu des choses très difficiles car il a même soigné des terroristes. Si les villageois lui reprochaient : « Tu aides les gens qui nous tuent », il répondait : « Moi, c’est ce qu’il y a derrière le costume qui m’intéresse. »
Quand on lui a proposé de partir se reposer, il a refusé : « Dans une maison de retraite, je ne servirai plus à rien, tandis qu’ici je suis encore utile, alors je reste. » Il avait 82 ans.
Les frères de Tibhirine ont essayé de comprendre le monde musulman. Ils ne voulaient pas faire de prosélytisme ou convertir la population. Ils rencontraient les Algériens en tant qu’êtres humains, pour le jardinage, le travail, les soins. Ils partageaient la vie modeste des pauvres. S’ils ont été jusqu’au sacrifice, s’ils ont donné leur vie, c’est parce qu’en partant, ils auraient eu l’impression d’abandonner cette population qui les aimait tellement. C’est un exemple rare et qui étonne, car on voit plus souvent des manifestations de haine entre religions. »
Christian de Chergé, L’invincible espérance, Ed. Bayard :
« Les moments de prière gratuite s’imposent, de même qu’il est nécessaire de s’arrêter pour faire le plein de la voiture, même si c’est pour rouler qu’on fait le plein.
Ainsi, il est nécessaire de prendre le temps d’allumer la chaudière de la maison. Ensuite il y fera chaud, et beaucoup s’y trouveront à l’aise. Mais l’hôte qui les accueille, c’est le feu, et non pas la chaudière.
C’est pourquoi le temps consacré gratuitement dans la prière est gagné pour les autres. Il me permet de mieux les voir RELIES à Dieu et à moi, et de reconnaître tout ce qui, dans le quotidien, exprime ce lien. Ici, en Algérie, un tas de formules de la vie courante reprendront alors leur sens théocentrique au lieu de rester simples formalismes. Il y a, par exemple, une façon de dire « el hamdu lillah » (Louange à Dieu !) qui semble monter droit vers le ciel. Les appels à la prière (adhân) ne peuvent me laisser indifférent. Ils me provoquent même à m’engager dans la prière comme sur un chemin de prospérité.
Il n’y a que Dieu qui puisse appeler à la prière. Ici, je comprends mieux que tous sont appelés, que l’homme a été créé pour cette louange et cette adoration.
La prière est une vocation universelle, une CONVOCATION.
C’est ce que le pape Jean Paul II a voulu nous rappeler à tous dans l’allocution sur la prière qu’il a prononcée le dimanche de son installation le 29 octobre 1978. »
Janvier 2012 – Aung San Suu Kyi
« En Birmanie, par le passé, les changements politiques ont eu lieu dans la violence. Et je crains qu’il fasse désormais partie de la culture politique birmane de penser qu’un changement significatif ne peut advenir que dans la violence. Nous devons changer cette conception, nous devons changer cette perception de la violence comme seule manière de provoquer le changement politique. Et, bien sûr, dans l’entreprise non violente, il faut surmonter beaucoup d’échecs, il faut passer par des périodes où les méthodes non violentes ne semblent pas fonctionner. Cela suppose énormément de persévérance et de courage. Je me souviens que Mahatma Gandhi disait qu’il fallait plus de courage pour choisir la voie de la non-violence que pour user de moyens violents. Ce que nous faisons ne vise pas seulement un changement de gouvernement. Ce que nous essayons de faire est de provoquer un changement dans la société birmane, une évolution des concepts politiques, des idées politiques, et cela nécessitera beaucoup de travail et de patience. Mais j’ai de l’espoir, principalement en raison de la révolution des moyens de communication. »
Résistances pour une Birmanie libre, Ed. Don Quichotte, p28
« Je pense que tous les êtres humains ont cette même nature qui leur permet d’envisager la paix comme quelque chose de très souhaitable. Et que la meilleure paix qui soit n’est pas celle que l’on obtient par la violence, ce n’est pas celle qui conduit au cimetière, mais c’est la paix fondée sur l’entente, la compréhension mutuelle, le fait d’apprendre à vivre avec des gens qui sont différents de vous. Cette façon de penser n’est pas le propre de nos valeurs bouddhistes. Je crois que, fondamentalement, tous les êtres humains recherchent la paix, la tranquillité et le bonheur. Nous partageons tous cela. Je pense que nous pouvons arriver là où nous voulons arriver par la persévérance, mais aussi grâce à l’aide et au soutien de personnes du monde entier qui vivent dans des conditions différentes de celles que nous connaissons, mais qui comprennent nos espoirs et nos aspirations. »
Résistances pour une Birmanie libre, Ed. Don Quichotte, p30
Décembre 2011 – Steve Biko
Parce que nous avons besoin les uns des autres, nous avons un penchant naturel à l’entraide et à la coopération. Dans le cas contraire, notre espèce se serait éteinte depuis longtemps, consumée par la violence et la haine que nous portons en nous.
Ceux qui cherchent à détruire et à déshumaniser sont également les victimes d’une idéologie politique, d’un système économique ou d’une conviction religieuse distordue. En conséquence, ils perdent autant leur humanité que ceux qu’ils piétinent.
Jamais cette évidence n’est apparue aussi éclatante que durant les années de l’apartheid en Afrique du Sud. L’humanité tout entière étant liée, celle des fanatiques de la ségrégation l’était inexorablement à celle de leurs victimes. Lorsqu’ils déshumanisaient des malheureux par les souffrances qu’ils leur infligeaient, ils se déshumanisaient eux-mêmes. J’ai d’ailleurs dit à l’époque que l’oppresseur était aussi déshumanisé, sinon plus, que l’opprimé. Il n’est pas possible d’interpréter autrement la réaction du ministre de la Justice, Jimmy Kruger, quand on lui a annoncé la mort en prison de Steve Biko, le chef du mouvement de la Conscience noire. De ce meurtre atroce par la torture, Kruger a dit qu’il le « laissait froid ». On ne peut que s’interroger sur l’humanité d’un homme capable d’une telle dureté face à la souffrance et à la mort d’un frère humain.
Il était tout aussi évident qu’après avoir connu une telle situation le pays n’aurait pas d’avenir sans la magnanimité des victimes. La fin de l’apartheid représentait évidemment un défi mais jamais je n’ai douté du pouvoir de la réconciliation. En fait j’ai souvent pensé à Malusi Mpumlwana, un des compagnons de Biko, qui, au moment même où la police le torturait, a compris en regardant ses bourreaux qu’ils étaient humains, eux aussi, et qu’ils avaient besoin de son aide « pour retrouver l’humanité qu’ils perdaient ainsi ».
Extrait de « Croire », Archevêque Desmond Tutu, préface
Novembre 2011 – Chiara Badano
Il nous reste un enregistrement où Chiara raconte une de ses visites à l’hôpital, un jour qu’on devait lui injecter un produit dans les vertèbres, afin d’atténuer les contractions insupportables qu’elle avait dans les jambes, paralysées maintenant depuis un certain temps.
« Je veux vous raconter brièvement une expérience que j’ai faite à Turin. Je suis retournée à l’hôpital pour une visite chez un spécialiste. J’avais très peur, parce que je ne savais pas ce qu’on allait me faire. J’ai compris qu’il s’agissait d’une petite intervention, avec une anesthésie locale. Cela a été une très belle expérience, parce que, quand le personnel médical a commencé à pratiquer cette petite intervention, qui était assez pénible, une personne est arrivée, une femme, très belle, au sourire très lumineux : elle s’est approchée, m’a pris la main et m’a encouragée. Je pensais que ma famille, qui était restée dehors l’avait fait entrer. Et puis, à un moment, elle a disparu, comme elle était arrivée : je ne l’ai plus vue. Mais j’étais envahie d’une très grande joie et ma peur avait disparu. Lorsque je suis sortie, j’ai demandé à mes parents de qui il s’agissait, mais ils ne la connaissaient pas. En y repensant, je ne sais pas expliquer ce qui s’est passé, mais j’ai eu fortement envie de remercier Dieu. En toute logique j’ai pensé : « C’est un hasard. » Puis je me suis dit : « Mais pourquoi est-elle arrivée juste à ce moment-là, en cette circonstance ? Et surtout avec une telle lumière que je qualifierais, sans exagérer, de surnaturelle ? » J’avais l’impression que c’était un ange. Un ange que Marie aurait mis près de moi. Cela a été un moment de Dieu très profond. Et j’ai compris quelque chose à cette occasion : si nous étions toujours prêts à tout, combien de signes Dieu pourrait nous envoyer ! Et j’ai compris aussi que Dieu passe souvent à côté de nous sans que nous nous en rendions compte. »
Chiara Badano, Un sourire de paradis, Ed Nouvelle cité, p61
Octobre 2011 – Amadou Hampâté Bâ
« Un jour, la brave Soutoura, femme du quartier, s’en vint trouver Tierno. Elle lui dit :
- Tierno, je suis très coléreuse. Le moindre geste m’affecte durement. Je voudrais recevoir une bénédiction de toi, ou une prière qui me rendrait douce, affable, patiente.
Elle n’avait pas fini de parler que son fils, un bambin de trois ans qui l’attendait dans la cour, entra, s’arma d’une planchette et lui en appliqua un coup violent entre les deux épaules. Elle regarda le bébé, sourit et l’attirant contre elle, dit en le tapotant affectueusement :
- Oh ! Le vilain garçon qui maltraite sa mère !...
- Pourquoi ne t’emportes-tu pas contre ton fils, toi qui te dis si coléreuse ? lui demanda Tierno.
- Mais, Tierno, répondit-elle, mon fils n’est qu’un enfant ; il ne sait pas ce qu’il fait ; on ne se fâche pas avec un enfant de cet âge.
- Ma bonne Soutoura, lui dit Tierno, va, retourne chez toi. Et lorsque quelqu’un t’irritera, pense à cette planchette et dis-toi : « Malgré son âge, cette personne agit comme mon enfant de trois ans. » Sois indulgente ; tu le peux, puisque tu viens de l’être avec ton fils qui t’a pourtant frappée durement. Va, et ainsi tu ne seras plus jamais en colère. Tu vivras heureuse, guérie de ton mal. Les bénédictions qui descendront alors sur toi seront bien supérieures à celles que tu pourrais obtenir de moi : ce seront celles de Dieu lui-même.
« Celui qui supporte et pardonne une offense, poursuivit-il, est semblable à un grand arbre que les oiseaux salissent en se reposant sur ses branches. Mais l’aspect sale de l’arbre ne dure qu’une partie de l’année. A chaque hivernage, Dieu envoie une série d’averses qui le lavent de la cime à la racine et le revêtent d’une frondaison nouvelle. L’amour que tu as pour ton enfant, essaye de le répandre sur les créatures de Dieu. Car Dieu voit ses créatures comme un père considère ses enfants. Alors tu seras placée au degré supérieur de l’échelle, là où par amour et par charité, l’âme ne voit et n’évalue l’offense que pour mieux pardonner.
La parole de Tierno fut sur elle si puissante que, de ce jour, Soutoura considéra tous ceux qui l’offensaient comme des enfants et ne leur opposa plus que douceur et patience. Elle se corrigea si parfaitement que, dans les derniers temps de sa vie, on disait : « Patient comme Soutoura. » Rien ne pouvait plus la fâcher. Lorsqu’elle mourut, elle n’était pas loin d’être considérée comme une sainte. »
Amadou Hampâté Bâ, Vie et Enseignement de Tierno Bokar, Ed. Points Sagesse, p46
Septembre 2011 – Mahatma Gandhi
« La non-violence ne consiste pas « à s’abstenir de tout combat réel, face à la méchanceté ». Au contraire, je vois dans la non-violence une forme de lutte plus énergique et plus authentique que la simple loi du talion qui aboutit à multiplier par deux la méchanceté. Contre tout ce qui est immoral, j’envisage de recourir à des armes morales et spirituelles. Je ne cherche pas à émousser le tranchant de l’arme que m’oppose le tyran en employant une lame encore plus aiguisée que la sienne. Je m’emploie à désamorcer le ressort du conflit en n’offrant aucune résistance d’ordre physique. Mon adversaire doit être tenu en respect par la force de l’âme. Tout d’abord, il sera décontenancé, puis il lui faudra bien admettre que cette résistance spirituelle est invincible. S’il en convient, loin d’être humilié, il ressort de ce combat plus noble qu’avant. On peut objecter que c’est là une solution idéale. C’est tout à fait exact. »
Mahatma Gandhi, Tous les hommes sont frères, Ed. Folio, p166
Juin 2011 – Yann Arthus Bertrand
Les 6 milliards d’êtres humains que nous sommes ne sont pas les seuls locataires de la planète. Nous la partageons avec des milliards de milliards d’animaux, de végétaux et d’organismes unicellulaires. Et nous ne nous contentons pas de cohabiter avec eux. Notre existence est étroitement liée à eux. Ainsi, Albert Einstein prédisait-il que si l’abeille venait à disparaître, l’espèce humaine n’aurait plus que quatre années à vivre. Il est vrai que sans ces petits insectes pour polliniser les fleurs, la plupart des végétaux ne pourraient plus se reproduire et disparaîtraient, entrainant avec eux tous les animaux qui s’en nourrissent, dont les hommes… .
Tous les organismes vivants, l’homme y compris, tissent entre eux, et avec leur environnement, une toile de relations complexes. Ils dépendent les uns des autres par le biais des chaînes alimentaires, des équilibres entre populations, des cycles naturels. Au gré de ces liens, tous les éléments de base circulent et s’échangent entre les êtres vivants et l’environnement, continuellement et partout, tout autour de nous et à travers nous. »
Source : Home, Yann Arthus Bertrand, Ed. La Martinière p6
Mai 2011
Raoul Follereau
Message à la jeunesse du monde – 1962 :
Soyez intransigeants sur le devoir d’aimer. Ne cédez pas, ne composez pas, ne reculez pas. Riez au nez de ceux qui vous parleront de prudence, d’opportunité, qui vous conseilleront de « maintenir la balance égale », les minables champions du « juste milieu ».
Et puis, surtout, croyez en la bonté du monde. Il y a dans le cœur de chaque homme des trésors prodigieux d’amour ; à vous de les faire surgir.
Le plus grand malheur qui puisse vous arriver, c’est de n’être utile à personne, c’est que votre vie ne serve à rien.
Raoul Follereau, Le livre d’amour, p78
Message à la jeunesse du monde – 1961 :
Si vous avez le désir de manger, ne dites pas : « J’ai faim ! » Mais pensez aux 400 millions de jeunes filles et de jeunes gens qui ne mangeront pas aujourd’hui. Car la moitié de la jeunesse du monde a faim.
Si vous avez un rhume, ne dites pas : « Mon Dieu, que je suis malade ! » Mais pensez à tous ceux qui souffrent, aux 800 millions d’êtres humains qui n’ont jamais vu un médecin.
Raoul Follereau, Le livre d’amour, p77
Le pauvre, il ne s’agit pas de lui donner un peu de notre superflu, mais de lui faire sa part dans notre vie.
Il faut avoir le courage de le reconnaître : on ne résoudra pas la question sociale avec des arbres de Noël, ni le problème de la faim, avec des quêtes.
Le pauvre, le malade, le persécuté a une soif obscure de se retrouver. D’avoir conscience qu’il est un homme comme les autres, qu’il a le droit de vivre et le devoir d’espérer. Lui procurer le moyen d’assurer, par lui-même, son existence et celle des siens, ne pas se contenter de lui abandonner la monnaie de notre porte-monnaie, mais partager sa souffrance, sa colère, son désir ou sa joie, et lui donner une part des nôtres : c’est cela vraiment l’aimer.
Raoul Follereau, Le livre d’amour, p65
Avril 2011
Socrate
Le test des "trois passoires" d’après SOCRATE
Source : http ://www.dominicains.be/praedicatio/article_praedicatio.php3?id_article=1010
SOCRATE avait, dans la Grèce antique, une haute réputation de sagesse.
Quelqu’un vint un jour trouver le grand philosophe et lui dit :
« Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur ton ami ? »
« Un instant ! » répondit SOCRATE, « Avant que tu me racontes, j’aimerais te faire passer un test, celui des « trois passoires ».
« Les trois passoires ? » interrogea l’interlocuteur.
« Mais oui ! » reprit SOCRATE. « Avant de raconter toutes sortes de choses sur les autres, il est bon de prendre le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire. C’est ce que j’appelle le test des « trois passoires ».
« La première passoire est celle de la VERITE. As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ? »
« Non… J’en ai seulement entendu parler… »
« Très bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité.
Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième passoire, celle de la BONTE. »
« Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bon ? »
« Ah non ! Au contraire ! »
« Donc » continua SOCRATE, « tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n’es même pas certain qu’elles soient vraies. Tu peux peut-être encore passer le test, car il reste une passoire, celle de l’UTILITE. »
« Est-il utile que tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ? »
Non… Pas vraiment… »
« Alors » conclut SOCRATE, « si ce que tu as à me raconter n’est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ? »
Extrait d’un dialogue entre Socrate et Alcibiade sur l’importance de bien discerner ce pour quoi nous devons prier….
Source: Platon, Second Alcibiade, Ed. Flammarion, p41
Socrate : Je pense en effet que toi, tout le premier, si le Dieu que tu vas prier t’apparaissait et qu’il te demandât avant que tu fasses aucune prière, si tu serais content de devenir roi de l’Etat athénien, (…) je suis persuadé que tu t’en irais au comble de la joie, comme ayant obtenu les plus grands biens.
Alcibiade : Et moi, Socrate, je suis persuadé que n’importe quel autre que moi le serait aussi, si pareille aubaine lui arrivait.
Socrate : Tu ne voudrais pourtant pas sacrifier ta vie pour posséder le pays et la souveraineté de toute la Grèce ?
Alcibiade : Non, sans doute ; car à quoi bon, si je ne devais en jouir aucunement ?
Socrate : Et si tu devais en retirer du mal ou du dommage, tu ne le voudrais pas non plus, dans ces conditions ?
Alcibiade : Non certes.
Socrate : Tu vois donc bien qu’il n’est pas sûr ni d’accepter à la légère ce qui vous est offert, ni de le demander soi-même, si l’on doit en recevoir du dommage ou même perdre la vie.
(..)
Socrate : Aussi, moi je me demande si ce n’est pas véritablement à tort que “les hommes accusent les dieux en disant qu’ils sont les auteurs de leurs maux. C’est eux-mêmes qui par leur présomption », et si l’on peut dire, par leurs folies « s’attirent des souffrances que leur destin ne comportait pas. »
Mars 2011
Albert Einstein
A quoi bon les richesses ?
Toutes les richesses du monde, fussent-elles entre les mains d’un hom
me totalement acquis à l’idée de progrès, ne permettront jamais le moindre développement moral de l’humanité. Seuls, des êtres humains exceptionnels et irréprochables suscitent des idées généreuses et des actions sublimes. Mais l’argent pollue toute chose et dégrade inexorablement la personne humaine. Je ne peux comparer la générosité d’un Moïse, d’un Jésus ou d’un Gandhi et la générosité d’une quelconque fondation Carnegie.
Albert Einstein, Comment je vois le monde, Ed. Flammarion, p11
Une allocution à des enfants :
C’est le rôle essentiel du professeur d’éveiller la joie de travailler et de connaître. Chers enfants je me réjouis de vous voir aujourd’hui devant moi, jeunesse joyeuse d’un pays ensoleillé et béni. Songez que toutes les merveilles, objets de vos études, expriment l’œuvre de plusieurs générations, une œuvre collective exigeant de tous un effort enthousiaste et une peine certaine. Tout cela, dans vos mains, devient un héritage. Vous le recevez, vous le respectez, vous l’accroissez et plus tard, vous le transmettez fidèlement à votre descendance. Nous sommes ainsi des mortels immortels parce que nous créons ensemble des œuvres qui nous survivent. Si vous y réfléchissez sérieusement, vous trouverez alors un sens à la vie et à son progrès. Et votre jugement sur les autres hommes et les autres époques s’affirmera plus vrai.
Albert Einstein, Comment je vois le monde, Ed. Flammarion, p28
Février 2011
Dilgo Khyentsé Rinpoché
Une amie américaine, devenue une grande éditrice de photographie, me racontait qu’après avoir passé leurs examens de fin d’études, elle-même et un groupe de camarades s’interrogèrent sur ce qu’elles désiraient faire dans l’existence. Lorsqu’elle déclara : « je souhaite « être heureuse », il y eut un silence gêné, puis l’une de ses compagnes s’exclama : « Quoi ? Comment quelqu’un d’aussi brillant que toi peut-il n’avoir d’autre ambition que d’être heureuse ! » Ce à quoi mon amie rétorqua : « Je ne vous ai pas dit comment je voulais être heureuse. Il y a tant de façons d’accéder au bonheur : fonder une famille, avoir des enfants, faire carrière, vivre des aventures, aider les autres, trouver la sérénité en soi… Quelle que soit l’activité que je choisisse, j’attends de l’existence un bonheur véritable. » Pour le Dalaï Lama, « le bonheur est le but de l’existence ».
Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur, Nil Editions, p11
Demandez à plusieurs personnes de raconter des épisodes de « parfait » bonheur : certaines parlent de moments de paix profonde ressentie dans un environnement naturel harmonieux, dans une forêt où filtrent des rayons de soleil au sommet d’une montagne face à un vaste horizon au bord d’un lac tranquille, lors d’une marche de nuit dans la neige sous un ciel étoilé, etc. D’autres mentionnent un évènement longtemps attendu : la réussite d’un examen, un triomphe sportif, la rencontre avec une personne qu’ils ont ardemment souhaité connaître, la naissance d’un enfant. D’autres enfin parlent d’un moment d’intimité paisible vécu en famille ou en compagnie d’un être cher, ou le fait d’avoir rendu quelqu’un heureux.
Il semble que le facteur commun à ces expériences, fertiles mais fugitives, soit la disparition momentanée de conflits intérieurs. La personne se sent en harmonie avec le monde qui l’entoure et avec elle-même. Pour celui qui vit une telle expérience, comme de se promener dans un paysage enneigé, les points de référence habituels s’évanouissent : en dehors de l’acte simple de marcher, il n’attend rien de particulier. Il « est » simplement, ici et maintenant, libre et ouvert.
Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur, Nil Editions, p14
Les actes sont dits bons ou mauvais en raison des fruits de bonheur ou de souffrance qu’ils portent. Il ne faut jamais penser qu’un petit écart de conduite, tel qu’une remarque désobligeante, ne prête pas à conséquence. Il n’y a en effet que deux façons d’épuiser le potentiel d’un acte négatif : soit en vivant la souffrance qu’il entraîne, soit en le purifiant avant que celle-ci ne se manifeste. Il est donc impératif de confesser les erreurs commises et de les purifier.
Dilgo Khyentsé, La Fontaine de grâce, Ed. Padmakara p 60
Janvier 2011
NB : Les éditions Folio ont choisi de transcrire les propos de Rigoberta Menchu de façon brute et sans les corriger grammaticalement.
« Et ça a été quand j’ai déjà eu mes huit ans que j’ai commencé à gagner de l’argent à la finca, et c’est alors que je me suis proposée pour faire une quantité de trente-cinq livres de café par jour, et qu’ils me payaient vingt centimes en ce temps-là, pour cette tâche. (…)
Le café, nous le cueillions sur la branche, et il y avait des fois où nous le ramassions simplement, ça, ça se fait quand il est déjà plus mûr et qu’il tombe tout seul. C’est plus difficile de le ramasser que de le cueillir. (…)
J’ai continué à travailler, et, comme je disais, pendant deux ans ils m’ont payée vingt centimes. Moi, tout le temps, je faisais davantage. Petit à petit j’augmentais d’une livre, deux livres, trois livres. Je travaillais comme une personne majeure. Alors, ils m’ont augmenté mon salaire. Quand je faisais déjà mes soixante-dix livres de café, ils me payaient trente-cinq centimes. Quand j’ai commencé à gagner, je me sentais déjà comme une femme, que je contribuais directement à notre subsistance avec mes parents, vu que quand j’ai reçu ma première paye, le peu que j’ai reçu, c’est allé en contribution du salaire de mes parents, et donc je me sentais déjà plus ou moins partie liée avec la vie qui est celle de mes parents. Je me sacrifiais beaucoup, et je me rappelle très bien que je ne perdais jamais mon temps, surtout par amour pour mes parents et pour qu’ils gardent un peu d’argent, déjà qu’ils ne peuvent pas le garder parce que de toute façon, ils doivent se serrer la ceinture. »
Moi, Rigoberta Menchu, Ed. Folio, p100 à 102
